Le Premier ministre a annoncé une nouvelle étape de décentralisation dans le champ du handicap et de l’autonomie. Derrière les promesses de proximité et de simplification, nous, PAIRS‑TND, voyons des dangers réels qui menacent l’égalité et l’effectivité des droits.
⚖️ Équité ou Fragmentation ?
Aujourd’hui déjà, à handicap égal, les droits varient fortement d’un département à l’autre. La Prestation de Compensation du Handicap (PCH), financée localement, est attribuée de manière inégale. Comment garantir l’universalité et la portabilité des droits lors d’un déménagement, si le pouvoir reste éclaté entre 101 départements ? Sans mécanisme national de solidarité, la décentralisation risque de transformer l’égalité républicaine en loterie territoriale.
💰 Proximité ou Rationnement ?
Dans un contexte de restrictions budgétaires, transférer les compétences et les financements aux collectivités peut vite devenir un transfert de charges. Les départements déjà fragilisés rationneront l’offre et les services, au détriment des plus vulnérables. La proximité ne doit pas être un prétexte pour réduire les moyens : elle doit s’accompagner d’un financement national pérenne et d’un contrôle effectif.
♿️ Mobilité et Accessibilité
Renforcer le pilier départemental accentue les différences territoriales. Or l’objectif national est clair : garantir une meilleure accessibilité et la libre circulation des personnes handicapées. L’accessibilité ne peut pas être pensée uniquement en termes de mobilité physique : elle doit être universelle (sensorielle, cognitive, numérique).
📊 Conseil ou Contrôle ?
La CNSA ne peut rester un simple organisme de conseil. Elle doit devenir une véritable autorité nationale de régulation, capable de former les équipes, d’harmoniser les pratiques et de contrôler l’effectivité des droits. Sans ce rôle élargi, les inégalités territoriales persisteront.
🔎 Zoom sur les TND
Les troubles du neurodéveloppement (TND) illustrent l’obsolescence du guide‑barème actuel. Les critères d’évaluation, centrés sur les déficiences motrices, ignorent la charge cognitive, les surcharges mentales et les handicaps invisibles. Résultat : des droits mal calibrés, des cartes de stationnement refusées, et des personnes contraintes de renoncer aux soins faute d’accessibilité. Nous proposons :
- La révision urgente du guide‑barème, intégrant les TND et les maladies invalidantes.
- La reconnaissance des handicaps invisibles dans l’attribution des droits (stationnement, PCH, accompagnement).
- La création de postes d’intervenants pairs pour aider à remplir les dossiers, accompagner les réponses et soutenir la rédaction du projet de vie par une approche psychoéducative.
✊ Nos propositions
- Un financement solidaire et pérenne, garanti par l’État.
- Une harmonisation nationale des pratiques, contrôlée par la CNSA.
- Un accueil digne et universellement accessible dans chaque MDPH/SPDA.
- Une place effective des personnes handicapées dans toutes les instances décisionnelles, pas une vitrine.
📣 Conclusion
Nous, PAIRS‑TND, affirmons que l’efficience des droits ne doit pas être une mendicité. La décentralisation ne peut être un prétexte pour rationner ou fragmenter. Elle doit être pensée comme un levier d’égalité, de dignité et de confiance.
Changer d’échelle ne garantit pas plus d’humain. Plus d’humain, c’est alléger la charge cognitive des démarches, reconnaître la dignité des personnes, et donner une place réelle aux personnes handicapées dans toutes les décisions.