✳️ Tribune collective – Pairs-TND
La pair-aidance est née de nos vécus. Elle ne devrait jamais nous être confisquée.
Nous, personnes concernées par les troubles du neurodéveloppement et les situations de handicap, refusons de voir ce mot vidé de son sens, récupéré, institutionnalisé, marchandisé.
Quand le mot prend le pas sur le vécu
À l’origine, la pair-aidance, c’est la rencontre entre pairs.
Des personnes vivant des expériences similaires qui partagent leurs savoirs, leurs épreuves, leurs stratégies, leurs réussites.
Sans diplôme, sans validation, sans hiérarchie.
Une pratique vivante, née de la reconnaissance mutuelle.
Mais aujourd’hui, ce mot est devenu un label.
Un argument dans les appels à projets.
Un diplôme parfois réservé aux parents.
Et au passage, on a dépossédé les personnes concernées de ce qui leur appartenait : leur expérience.
Le plus paradoxal, c’est que celles et ceux qui vivent vraiment la pair-aidance sont souvent les seuls à ne pas employer ce mot.
Parce qu’ils n’ont pas besoin de le théoriser pour le pratiquer.
Ils le vivent.
Naturellement, au quotidien, dans la confiance et la solidarité.
Une récupération institutionnelle qui dénature le sens
Dans le champ du handicap, la pair-aidance n’est reconnue que si elle est encadrée, formée, contrôlée.
La pair-aidance libre, spontanée, entre personnes handicapées, devient suspecte.
On la renomme “entraide”, comme si nos échanges ne pouvaient jamais être considérés comme légitimes sans validation extérieure.
Cette confiscation s’accompagne souvent d’une hiérarchisation :
certains profils sont jugés “trop à la pointe du spectre”, “trop verbaux”, ou au contraire “trop atypiques”.
Ces distinctions entretiennent des clivages artificiels et invisibilisent la diversité de nos vécus.
Mais l’autisme — comme toute situation de handicap — ne se décline pas en castes.
Il se vit, il se traverse, il se partage.
Revenir à l’essence de la pair-aidance
La pair-aidance n’a pas besoin d’être validée.
Elle doit être reconnue et respectée.
Respectée dans sa forme la plus authentique : celle qui naît entre personnes concernées, dans l’égalité et la réciprocité.
Reposer la question du sens, c’est affirmer que la légitimité de la pair-aidance vient du vécu, pas du statut.
C’est rappeler qu’elle est un levier d’émancipation, pas un outil de contrôle.
Et c’est refuser qu’on parle encore à notre place, sous prétexte de nous “accompagner”.
🗣️ Nous ne voulons plus être les objets de la pair-aidance.
Nous en sommes les sujets.
Et nous continuerons à la vivre — libre, égalitaire et pleinement concernée.
🖋️ Texte collectif – Pairs-TND
(Rédigé à partir de réflexions croisées et de témoignages de personnes concernées par les TND, autour de la question du sens et des dérives actuelles de la pair-aidance.

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