Introduction
Dans le médico‑social français, les formations à la pair‑aidance professionnelle se multiplient. On forme, on certifie, on labellise. Mais le métier, lui, n’existe toujours pas juridiquement.
C’est l’histoire de Don Quichotte : un homme sincère, courageux, animé par une mission juste… mais envoyé au combat sans armure, sans statut, sans protection.
Aujourd’hui, les pairs professionnels vivent la même chose : 👉 une double, parfois triple peine. Mais cette fois, contrairement à Don Quichotte, des solutions existent.
1. Première peine : être formé à un métier qui n’existe pas
Les formations explosent : DU, certificats, modules internes, EPÔP, formations courtes. Mais dans les conventions collectives :
- aucune fiche métier,
- aucune grille salariale,
- aucun code métier,
- aucun périmètre d’intervention.
👉 Résultat : on forme des pairs à un métier qui n’existe pas officiellement.
C’est la première peine.
2. Deuxième peine : entrer dans des équipes non préparées
Don Quichotte arrive dans une équipe. Sancho Panza — le chef de service — dit : « Voilà votre nouveau collègue. Il est pair. Faites‑lui une place. »
Mais l’équipe n’a pas été préparée. Personne ne sait :
- ce qu’il doit faire,
- ce qu’il ne doit pas faire,
- comment articuler son rôle avec les métiers existants.
👉 L’intégration imposée crée des tensions, des malentendus, des rivalités de territoire.
C’est la deuxième peine.
3. Troisième peine : être fragile, exposé, et devoir le cacher
Le pair professionnel est une personne concernée, souvent avec :
- une RQTH,
- une fatigabilité,
- des besoins d’aménagement,
- une sensibilité émotionnelle,
- un vécu parfois traumatique.
Mais dans l’équipe, il masque. Il veut prouver qu’il mérite sa place. Il veut montrer que son expertise d’usage a de la valeur.
👉 Et l’effet miroir le frappe : accompagner des personnes qui vivent ce qu’il a vécu réactive des blessures profondes.
Sans supervision, sans cadre, sans soutien, 👉 le pair est mis en danger.
C’est la troisième peine.
🟦 4. Les solutions : donner enfin une armure aux Don Quichotte du médico‑social
Voici les solutions structurelles, concrètes, réalistes — celles qui manquent aujourd’hui.
4.1 Créer un cadre métier national
Il faut enfin :
- une fiche métier officielle,
- un code métier,
- un référentiel de compétences,
- un périmètre d’intervention clair,
- une définition nationale du rôle.
Sans cela, les pairs resteront des chevaliers errants.
4.2 Intégrer le métier dans les conventions collectives
Il faut :
- une grille salariale dédiée,
- un niveau de classification,
- une reconnaissance équivalente aux métiers du médico‑social,
- une valorisation de l’expertise d’usage.
Sans reconnaissance salariale, il n’y a pas de reconnaissance réelle.
4.3 Garantir les droits fondamentaux : OETH, aménagements, accompagnement
Les pairs professionnels sont des travailleurs handicapés. Ils doivent bénéficier de :
- la protection OETH,
- des aménagements raisonnables,
- un accompagnement adapté,
- un environnement bienveillant,
- un rythme soutenable,
- un accès facilité à l’emploi accompagné.
👉 L’intégration doit être pensée avec la fragilité de la personne, pas contre elle.
4.4 Former les équipes à la reconnaissance de l’expertise d’usage
Une équipe non formée ne peut pas accueillir un pair. Il faut une formation obligatoire sur :
- ce qu’est l’expertise d’usage,
- ce qu’elle n’est pas,
- comment articuler les savoirs,
- comment éviter les rivalités de territoire,
- comment soutenir le pair sans le surcharger.
👉 L’intégration doit être une volonté collective, pas une injonction hiérarchique.
4.5 Adapter les formations des pairs : courte ou longue selon les profils
Tous les pairs n’ont pas les mêmes besoins. Il faut deux voies complémentaires :
✔️ Formations courtes (EPÔP, modules d’initiation)
Pour :
- découvrir le rôle,
- tester la posture,
- éviter l’effet miroir trop brutal,
- sécuriser les premières expériences.
✔️ Formations longues (DU, certifications approfondies)
Pour :
- les pairs stabilisés,
- les personnes souhaitant exercer durablement,
- les profils capables d’assumer une posture professionnelle plus intense.
👉 L’objectif : éviter l’effet miroir, protéger les personnes, et adapter la formation à leur profil.
4.6 Supervision obligatoire et continue
La supervision n’est pas un luxe : c’est une protection vitale.
Elle doit être :
- régulière,
- assurée par un professionnel formé,
- centrée sur la posture,
- intégrée dans le temps de travail.
Sans supervision, le pair s’épuise. Avec supervision, il s’épanouit.
Conclusion
Les pairs professionnels ne sont pas des Don Quichotte naïfs. Ils sont des experts d’usage, des traducteurs, des médiateurs, des éclaireurs.
Mais tant que le métier ne sera pas reconnu, tant que les équipes ne seront pas préparées, tant que les protections ne seront pas garanties, ils continueront de vivre une double, parfois triple peine.
Il est temps de leur donner ce qu’on refuse à Don Quichotte : 👉 une armure, un statut, une place légitime, et des droits.
