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TDAH, TSA et périménopause : quand plusieurs facteurs se rencontrent

Et si ce n’était pas « juste le TDAH » ?

Il y a parfois un moment où l’on se demande : « Mais qu’est-ce qui m’arrive ? »

On a vécu avec un TDAH pendant des années. On a appris à compenser. À faire des listes, mettre des alarmes, multiplier les rappels, travailler dans l’urgence, développer des stratégies parfois improbables pour réussir à faire ce que les autres semblent faire naturellement.

Et puis, autour de la quarantaine, quelque chose change.

La concentration devient plus difficile. La mémoire semble moins fiable. Le sommeil se dégrade. La fatigue cognitive devient énorme. Les émotions débordent davantage. Le bruit, les sollicitations, les imprévus deviennent plus difficiles à supporter.

Et la première explication qui vient peut être :

« Mon TDAH s’aggrave. »

Mais si ce n’était pas la seule explication ?

Et si plusieurs facteurs étaient en train de se rencontrer ?

C’est cette question qui m’intéresse ici : que se passe-t-il lorsqu’une personne avec un TDAH, un TSA ou un TDAH + TSA traverse la périménopause ?


TDAH et hormones : une histoire que l’on commence seulement à comprendre

Pendant longtemps, la recherche sur le TDAH a surtout été construite à partir de populations masculines ou d’enfants. Les particularités des femmes et les variations hormonales ont longtemps été laissées en arrière-plan.

Les choses commencent heureusement à évoluer.

Une importante revue publiée en 2025 dans Frontiers in Global Women’s Health fait le point sur les connaissances concernant le TDAH féminin et les fluctuations hormonales au cours de la vie. Les auteurs soulignent que les transitions hormonales peuvent s’accompagner d’une aggravation des symptômes du TDAH et des troubles de l’humeur, tout en insistant sur le manque de recherches spécifiques et de traitements adaptés. (Frontiers)

Une revue systématique publiée la même année a analysé les études disponibles sur les hormones sexuelles et les symptômes du TDAH. Elle conclut à une association plausible entre fluctuations hormonales et symptômes du TDAH, mais souligne aussi que les études sont encore peu nombreuses, souvent basées sur de petits échantillons et très hétérogènes. (PubMed)

Autrement dit :

on commence à avoir des indices sérieux, mais nous n’avons pas encore toutes les réponses.


Œstrogènes, dopamine : attention aux raccourcis

On entend souvent dire que « le TDAH est un manque de dopamine ».

C’est beaucoup plus complexe que cela.

Le TDAH est un trouble neurodéveloppemental impliquant notamment les systèmes cérébraux qui participent à l’attention, à la motivation, à la récompense et aux fonctions exécutives. La dopamine joue un rôle important dans ces mécanismes, mais réduire le TDAH à une simple « carence en dopamine » serait scientifiquement trop simpliste.

En revanche, les recherches suggèrent que les œstrogènes interagissent avec les systèmes dopaminergiques.

Lorsque les hormones fluctuent fortement, certaines personnes peuvent donc constater des modifications de leur fonctionnement cognitif, émotionnel ou exécutif.

Et c’est particulièrement intéressant dans le contexte du TDAH.

Parce que si les stratégies de compensation reposaient déjà sur des ressources cognitives importantes, une période de grande fluctuation hormonale peut faire basculer l’équilibre.


La périménopause : le moment où les compensations peuvent lâcher

La périménopause n’est pas simplement « la période avant la ménopause ».

C’est une période de transition pendant laquelle les cycles peuvent se modifier et les hormones fluctuer. Elle peut s’accompagner de symptômes très variés : troubles du sommeil, fatigue, bouffées de chaleur, changements de l’humeur, difficultés de concentration ou de mémoire.

Et certains de ces symptômes ressemblent terriblement à ceux du TDAH.

C’est là que les choses deviennent intéressantes.

Une personne qui avait toujours réussi à compenser son TDAH peut soudain ne plus y arriver.

Elle n’est pas nécessairement devenue « plus TDAH ».

Elle dispose peut-être simplement de moins de ressources pour compenser.

Et cette distinction change beaucoup de choses.


Et si le TSA entrait aussi dans l’équation ?

Pour les personnes autistes, la situation peut être encore différente.

La périménopause peut venir s’ajouter à des particularités déjà présentes : sensibilité sensorielle, besoin de routine, fatigue sociale, difficultés face aux changements, besoin important de récupération, particularités de l’interoception…

Certaines personnes peuvent également avoir l’impression de ne plus réussir à masquer ou à compenser autant qu’avant.

Des travaux récents consacrés à l’autisme et à la transition ménopausique mettent en évidence cette superposition entre symptômes de la ménopause et caractéristiques autistiques, ainsi que les difficultés rencontrées pour identifier ce qui relève de quoi. Ils soulignent notamment le manque d’information et les difficultés d’accès à des soins réellement adaptés.

Et lorsque TDAH et TSA sont tous les deux présents, les différentes dimensions peuvent s’entremêler encore davantage.

Une fatigue qui semble être du TDAH peut être aggravée par le manque de sommeil.

Une surcharge sensorielle peut être accentuée par la fatigue.

Une difficulté à s’organiser peut être amplifiée par le brouillard cognitif.

Une difficulté à récupérer après une journée sociale peut devenir beaucoup plus importante.

Il ne s’agit donc pas nécessairement d’ajouter une nouvelle étiquette. Il s’agit de comprendre l’ensemble du système.


Ne pas tout mettre sur le dos du TDAH

C’est probablement l’un des messages les plus importants.

Avoir un TDAH ne signifie pas que tous les nouveaux symptômes sont dus au TDAH.

Avoir un TSA ne signifie pas que toute nouvelle difficulté est liée à l’autisme.

Et avoir 45 ou 50 ans ne signifie pas non plus que tout est automatiquement « la ménopause ».

Un symptôme nouveau mérite d’être regardé comme un symptôme nouveau.

Sommeil, thyroïde, carences, santé physique, médicaments, santé mentale, stress, charge professionnelle ou familiale, périménopause… plusieurs facteurs peuvent se combiner.

L’objectif n’est donc pas de trouver une explication.

L’objectif est de comprendre l’interaction entre plusieurs facteurs.


Une méthode très simple : avant / maintenant

Une chose peut être particulièrement utile : distinguer ce qui était présent depuis toujours de ce qui est apparu ou s’est aggravé récemment.

Avant

  • Quelles étaient mes difficultés habituelles ?
  • Qu’est-ce que j’arrivais à compenser ?
  • Quelles stratégies fonctionnaient ?
  • Quelle était ma tolérance au bruit, aux interactions sociales ou aux changements ?

Maintenant

  • Qu’est-ce qui s’est aggravé ?
  • Qu’est-ce qui est nouveau ?
  • Qu’est-ce qui fluctue ?
  • Comment est mon sommeil ?
  • Comment évoluent mes cycles ?
  • Est-ce que mes capacités d’organisation ont changé ?
  • Est-ce que je récupère moins bien ?
  • Est-ce que mon traitement du TDAH agit de la même manière qu’avant ?

On peut noter ces éléments pendant quelques semaines.

Pas besoin d’un tableau Excel de 47 colonnes.

Quelques mots dans un carnet ou une application peuvent suffire.

Le but n’est pas de s’auto-diagnostiquer.

Le but est d’arriver au rendez-vous avec des observations concrètes.


Et chez le médecin, que dire ?

C’est une question importante.

Parce que lorsque l’on arrive en consultation en disant :

« J’ai un TDAH et mon TDAH s’est aggravé. »

il existe un risque que toute la conversation reste centrée sur le TDAH.

On peut essayer une autre formulation :

« J’ai un TDAH, mais mon fonctionnement a changé récemment et j’aimerais qu’on cherche pourquoi. »

Ou :

« Je voudrais qu’on distingue ce qui peut relever du TDAH, de la périménopause, éventuellement du TSA, et ce qui pourrait avoir une autre cause. »

Ou encore :

« Ces difficultés existaient-elles déjà chez moi ou sont-elles nouvelles ? Quelles autres causes faudrait-il envisager ? »

Ce sont des phrases simples, mais elles permettent d’ouvrir la discussion.

Et surtout, elles évitent de demander au professionnel de santé de confirmer notre propre hypothèse.

On lui demande d’enquêter avec nous.

Il n’est d’ailleurs pas nécessaire de demander systématiquement un « bilan hormonal » : chez les personnes de 45 ans ou plus présentant des symptômes typiques, le diagnostic de périménopause repose souvent sur l’histoire clinique et les symptômes, et les dosages hormonaux ne sont pas systématiques. Je n’y ais jamais eut droit!


Une petite boîte à outils pour le quotidien

Et si le problème n’était pas de faire davantage d’efforts…

Mais de réduire le coût de fonctionnement ?

🧠 Externaliser la mémoire

Ne pas demander à son cerveau de retenir ce qu’un outil peut retenir à sa place.

Alarmes. Calendrier. Liste visible. Applications. Post-it. Routines écrites.

Ce n’est pas tricher.

C’est adapter l’environnement au fonctionnement de son cerveau.

🔇 Réduire la surcharge sensorielle

Casque, bouchons, lunettes de soleil, lumière adaptée, vêtements confortables, espace calme…

Quand le système nerveux est déjà saturé, diminuer les stimulations peut libérer de l’énergie cognitive.

💤 Protéger le sommeil

Le sommeil devient une priorité.

Parce que TDAH + éventuel TSA + périménopause + mauvais sommeil + charge mentale peuvent former une combinaison particulièrement difficile.

🧩 Simplifier

Si une routine comporte douze étapes, peut-elle en comporter six ?

Si une tâche peut être automatisée, peut-elle l’être ?

Si quelque chose peut être fait « suffisamment bien », faut-il réellement viser la perfection ?

Le but n’est pas de redevenir la personne que l’on était avant.

Le but est de construire un fonctionnement qui correspond à la personne que l’on est aujourd’hui.


Et si nous parlions davantage entre pairs ?

C’est là que la pair-aidance prend toute son importance.

Une personne qui a vécu quelque chose de similaire ne remplace évidemment pas un médecin.

Elle ne pose pas de diagnostic.

Elle ne prescrit pas.

Mais elle possède un savoir que personne ne peut apprendre uniquement dans un manuel :

le savoir expérientiel.

La Haute Autorité de Santé reconnaît aujourd’hui la pair-aidance comme une forme d’accompagnement fondée sur l’expérience vécue et sur les connaissances que cette expérience permet de développer.

Et cette parole peut avoir une valeur considérable.

Parce qu’il y a des choses difficiles à expliquer à quelqu’un qui ne les a jamais vécues.

Le brouillard mental.

L’épuisement après une journée ordinaire.

La sensation de ne plus réussir à faire des choses que l’on faisait auparavant.

La culpabilité.

La perte de confiance.

La sensation d’être devenu « moins performant ».

La surcharge sensorielle.

Le fait de devoir tout compenser en permanence.

Et parfois, rencontrer quelqu’un qui répond simplement :

« Moi aussi. »

peut permettre de mettre enfin des mots sur ce que l’on vit.


La parole des pairs ne remplace pas la médecine

Elle la complète.

La recherche apporte les données.

Le professionnel apporte son expertise clinique.

La personne concernée apporte son vécu.

Et le pair apporte une autre forme de connaissance : celle de l’expérience traversée.

L’enjeu n’est donc pas de choisir entre savoir médical et savoir expérientiel.

C’est de permettre leur rencontre.

Et c’est particulièrement important pour des sujets encore insuffisamment étudiés comme l’intersection entre TDAH, TSA et transition ménopausique.

Les recherches récentes insistent justement sur le besoin d’études longitudinales, de recherches intégrant l’expérience vécue et de prises en charge plus individualisées. (Frontiers)


Finalement, la bonne question n’est peut-être pas : « Qu’est-ce que j’ai ? »

Mais plutôt :

« Qu’est-ce qui est en train de se passer dans mon fonctionnement aujourd’hui ? »

TDAH ?

TSA ?

Périménopause ?

Sommeil ?

Fatigue ?

Charge mentale ?

Surcharge sensorielle ?

Stress ?

Ou plusieurs de ces éléments en même temps ?

Le but n’est pas de choisir entre « c’est le TDAH », « c’est le TSA » ou « c’est la périménopause ».

Le but est de comprendre ce qui se passe quand plusieurs facteurs se rencontrent.

Et peut-être aussi d’accepter une chose essentielle :

si les stratégies qui fonctionnaient hier ne fonctionnent plus aujourd’hui, cela ne signifie pas que nous avons échoué.

Cela signifie peut-être simplement que les règles du jeu ont changé.

Et qu’il est temps de changer nos stratégies avec elles.


📚 Pour aller plus loin

Kooij JJS et al. (2025). Research advances and future directions in female ADHD: the lifelong interplay of hormonal fluctuations with mood, cognition, and disease. Frontiers in Global Women’s Health, 6, 1613628. Une revue de référence récente sur TDAH féminin, fluctuations hormonales et périménopause. (Frontiers)

Osianlis E et al. (2025). ADHD and Sex Hormones in Females: A Systematic Review. Journal of Attention Disorders, 29(9), 706–723. Revue systématique sur les relations entre hormones sexuelles et symptômes du TDAH. (PubMed)

Camara B, Padoin C, Bolea B. (2022). Relationship between sex hormones, reproductive stages and ADHD: a systematic review. Archives of Women’s Mental Health. Une revue antérieure importante sur les étapes reproductives et le TDAH. (PubMed)

Travaux récents sur autisme et transition ménopausique. Les recherches disponibles mettent en évidence le chevauchement entre caractéristiques autistiques et symptômes de la ménopause, ainsi que les besoins spécifiques en matière d’information, d’accompagnement et de soutien entre pairs.

Haute Autorité de Santé — Pair-aidance. La HAS travaille sur la reconnaissance et l’intégration du savoir expérientiel des personnes concernées dans les organisations sanitaires, sociales et médico-sociales.


Un dernier mot

Cet article ne prétend pas apporter une réponse définitive.

Et c’est important de le dire.

Nous sommes encore en train d’apprendre.

Mais nous pouvons déjà faire quelque chose : écouter davantage les personnes concernées, prendre leurs observations au sérieux, croiser ces observations avec les connaissances scientifiques et permettre aux professionnels, aux chercheurs et aux pairs de travailler ensemble.

Parce que parfois, la première étape pour comprendre ce qui nous arrive n’est pas de trouver immédiatement la bonne étiquette.

C’est de pouvoir enfin dire : « Voilà ce que je vis. »